MARIE MADELEINE ET SON POT À ONGUENT, BOIS SCULPTÉ DE L’ECOLE DE NUREMBERG

MARIE MADELEINE ET SON POT À ONGUENT,  BOIS SCULPTÉ DE L’ECOLE DE NUREMBERG

 

ORIGINE : ALLEMAGNE, FRANCONIE

EPOQUE : FIN DU XVème SIÈCLE 

 

Hauteur : 108,5 cm

Largeur : 36 cm

Profondeur : 21 cm

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Provenance :

Ancienne collection Bresset, Paris

 

Bois de tilleul sculpté en applique, polychromé et doré

Restaurations d’usage et d’entretien 

 

 

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Catégorie :

Description

Originaire de Magdala, une ville de pêcheurs sur la rive occidentale du lac de Tibériade, Marie la Magdaléenne, est une proche disciple de Jésus de Nazareth qui le suit jusqu’à ses derniers jours.

L’Évangile de saint Marc, témoigne sa présence lors de la Crucifixion et de la mise au tombeau du Christ. Par ailleurs, Jésus ressuscité, il la choisit comme premier témoin de ce miracle, avant même ses propres apôtres. 

La disciple préférée de Jésus, est souvent représentée avec un pot à onguent. Qualifiée de « myrophore », elle se trouve parmi les Saintes Femmes qui apportent des parfums au tombeau de Jésus. 

Notre Marie-Madeleine aux traits juvéniles et aux longs cheveux présente une expression pensive et mélancolique. Les traits de son visage sont délicats avec une bouche aux lèvres fines. Son petit menton révèle une fossette.

Présentée debout, richement vêtue avec des couleurs chatoyantes, elle est reconnaissable grâce à son pot à onguent qu’elle tient de la main gauche. Elle porte une longue robe à l’encolure arrondie et un épais manteau aux nombreux plis saillants dont elle retient un pan par son avant-bras droit. Sa longue chevelure aux belles boucles ondulées, est coiffée d’un lacet agrémenté d’une discrète fibule. L’envolée lyrique de son voile répond au mouvement de son manteau.

Lumineuse et emprunte de spiritualité, cette Marie-Madeleine est tout à fait significative des œuvres sculptées en Franconie, plutôt vers la fin du XVème siècle comme le mentionne J. Boccador dans son ouvrage « Statuaire médiéval de Collection », ci-après : 

« La Madeleine en bois polychromé de la collection Bresset relève directement de cet art expressif de l’école de Nuremberg. Son visage, d’une extrême noblesse et parfaitement humain, exprime la spiritualité des œuvres du Maître Wit.

L’affolement irréel de la draperie du manteau, encore traité avec élégance, reste aussi dans la note de l’art franconien de Wit Stosz et de son école.

L’ensemble de ces divers éléments permet de situer cette très belle Madeleine en Franconie, vers la fin du XVe siècle. »

 

Bibliographie :

J.   et E. Bresset, Statuaire médiévale de collection, T II, p. 270-271, ill. 284.

 

 

TEXTE DE JACQUELINE BOCADOR A PROPOS DE LA MARIE MADELEINE :

Rappelons à propos de cette Sainte Madeleine de la plus belle époque du Spätgotik que, tandis que la France se laissait gagner par la « détente », l’Allemagne s’exaspérait au contraire sur l’art Médiéval auquel elle redonnait une nouvelle vitalité en s’opposant à l’Humanisme du Quattrocento.

L’art du Spätgotik est en fait sans signification en dehors de son pays d’origine et ne peut s’appliquer à aucune autre école

Le Spätgotik est un art réactionnaire spécifiquement germanique qui, tout en assimilant certaines pensées de l’Humanisme naissant les utilise à contre-courant, au service de l’expression réaliste de la dignité de l’homme, aussi bien dans sa grandeur que dans

sa misère. Il réalise alors un Humanisme médiéval qui met toutes les possibilités de vie et de mort de l’homme au service de l’expression fanatique de sa foi.

Guidés par un désir de perfection, les sculpteurs allemands, avant tout entrepreneurs de chantiers, devaient aboutir à une maîtrise totale de leur ciseau qui, surtout dans le bois, mais aussi dans la pierre (Tilman Riemenschneider), excellait à rendre la moindre finesse d’un visage ou d’une main. La plupart de ces imagiers peignaient eux-mêmes leurs œuvres, obtenant alors la même finesse d’expression que dans les réalisations picturales.

C’est avec le Spätgotik que la sculpture parvient aux plus délicates nuances du portrait jusque-là réservées à la peinture.

Tilman Riemenschneider, qui avait pris le parti de laisser au bois sa patine naturelle, choquait ses contemporains, mais la finesse et la nervosité de ses visages étaient telles, qu’elles pouvaient rivaliser avec les œuvres picturales, par le seul jeu des ombres et des lumières sur le bois.

Si Colmar avait Schongauer, Strasbourg: Nicolas Gerhaert; Augsbourg: Holbein le Vieux; Constance: Conrad Weit; et si Dürer étendait l’ombre de ses ailes géniales sur toute l’Allemagne, la Franconie abritait une pléiade de Maîtres du Spätgotik – Wit Stosz dit le Maître Wit de Nuremberg, Kraft et à Wurtzbourg Tilman Riemenschneider.

Wit Stosz, très influencé par les œuvres de Nicolas Gerhaert, continuateur de Claus Sluter, et par les œuvres graphiques de Schongauer, excelle dans la profusion du détail et l’expressionisme intense de ses visages qui font preuve d’une extraordinaire

variété de sentiments. Maître du retable de Cracovie (11 m de large sur 13 m de haut), il laisse à Nuremberg la marque de son génie avec une série de statues destinées aux églises Saint-Sebald et Saint Laurent, et réalise à la fin de ses jours le tryptique de Bamberg. A la fois peintre et sculpteur, il achevait toujours lui-même la polychromie de ses oeuvres.

Emporté par la fougue de son expressionnisme, dont le réalisme parvient à exprimer les plus fugitifs instants de spiritualité humaine, il tombe parfois dans le maniérisme de la draperie, mais jamais dans celui des corps et des visages.

Tilman Riemenschneider, son cadet de quelques années, habitué à travailler aussi bien dans la pierre que dans le bois et influencé par la dureté picturale d’Albert Dürer, maintient en plein Spätgotik la stylisation des étoffes et une certaine noblesse passive des visages.

Insensible à l’atmosphère Mystique et aux jeux pathétiques des Mystères, il se distingue par la pudeur et la fierté de ses personnages et par leur perfection.

Le retable de Creglingen, qu’il réalisa vers 1505 dans la vallée de la Tauber, de plus de sept mètres de haut sur trois mètres cinquante de large, est très significatif de son art grandiose et raisonnable.

Il est important de signaler que l’art allemand de la fin du XVe siècle fut à l’origine d’une série de retables monumentaux qui, contrairement aux retables flamands, ne furent pas exportés.

La Madeleine en bois polychromé de la collection Bresset relève directement de cet art expressif de l’école de Nuremberg. Son visage, d’une extrême noblesse et parfaitement humain, exprime la spiritualité des œuvres du Maître Wit.

L’affolement irréel de la draperie du manteau, encore traité avec élégance, reste aussi dans la note de l’art franconien de Wit Stosz et de son école.

L’ensemble de ces divers éléments permet de situer cette très belle Madeleine en Franconie, vers la fin du XVe siècle.

Le Bayerisches National Museum de Munich conserve une Madeleine de facture assez voisine mais de moindre noblesse. Aussi sculptée dans du tilleul, et de plus petite taille – 42 cm – elle est également vêtue à la mode des femmes de qualité de l’époque et, si la morphologie du visage est très proche de la précédente, l’expression passive et triste en est bien différente.