PLAT D’OFFRANDES REPRÉSENTANT LA COURTISANE  ET LE FOU

PLAT D’OFFRANDES REPRÉSENTANT LA COURTISANE  ET LE FOU

 

 

ORIGINE : ALLEMAGNE DU SUD, NUREMBERG

EPOQUE : DÉBUT DU XVIème SIÈCLE

 

Diamètre : 42,5 cm

 

Laiton estampé, poinçonné 

 

 

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Description

Ce plat d’offrandes en laiton estampé, poinçonné et gravé représente la Courtisane et le Fou. 

La bordure en léger ressaut, l’aile poinçonnée d’une frise de palmettes et d’un rang de fleurons, descente lisse. 

Le bassin orné de deux bandeaux concentriques séparés par un liseré en ressaut, le premier orné de l’inscription « HILF GOT AUS NOT » (Que Dieu nous aide dans l’épreuve), le second d’une frise de rinceaux circulaires entrelacés alternant fleurons et motifs trifoliés. 

Le fond, délimité par une frise de festons, esquisse un paysage de verger sur ciel étoilé, sur lequel se découpe la figure d’une femme nue dont les atours se résument à un chapeau orné d’une guirlande de plumes. Un coucou est perché sur sa main gauche, et elle agite de la main droite une tétine de nourrisson enfermant un grelot. À ses pieds est étendu un bouffon, vêtu d’une tunique à capuchon : il tient la longue tige d’une rose dont les pétales effleurent et dissimulent le sexe de la femme.

Bibliographie :

– E. Antoine-König et P.-Y. Le Pogam (dir.), Figures du fou. Du Moyen Âge aux Romantiques [catalogue de l’exposition présentée au Musée du Louvre, 16 octobre 2024 – 3 février 2025], Paris, Musée du Louvre, Gallimard, 2024, n o 67, p. 88-89 et 356-357.

– K. Tiedemann, Nürnberger Beckenschlägerschüsseln, Dettelbach,

J. H. Röll, 2018, p. 130- 131.

Note : La scène grivoise qui orne ce plat d’offrandes est issue d’une série de gravures sur bois diffusées en Allemagne du Sud à partir du deuxième quart du XVIe siècle ; il s’agit vraisemblablement de l’œuvre d’un artiste de Nuremberg, qu’il faut peut-être identifier à Hans Sebald Beham (1500-1550).

 

 

Tout invite à reconnaître, dans ce décor, une subtile mise en garde contre l’aliénation qu’entraîne l’abus des plaisirs de la chair.

Comme l’a souligné W. Metzger, la rose, symbole d’amour par excellence, suggère l’usage métaphorique du mot « fleur » pour désigner la virginité féminine, évoquant le terme « déflorer » qui en découle. Allégorie de Vénus ou de la Volupté, la femme tient en effet un coucou dont le nom allemand « Kuckuck » a donné, par analogie, le terme « Gauch », qui désigne un homme épris d’une courtisane jusqu’à la folie. Telle est la raison d’être de la tétine et du grelot : allusions à l’amoureux que la passion a fait retomber en enfance.

Le succès de cette image est attesté par sa large diffusion sur des pièces d’orfèvrerie et de dinanderie.

 

Œuvres en rapport :

– Un exemplaire comparable, daté vers 1535, est présenté au Kunstgewerbemuseum de Berlin (inv. 1928, 39). L’iconographie de ces objets, d’un érotisme affirmé, a conduit W. Metzger à remettre en cause leur appellation traditionnelle de « plats à aumônes ». L’inscription, pourtant, en appelle au secours de Dieu dans les épreuves, qu’il est tentant de rapprocher ici des appâts de la chair. Il n’est pas impossible qu’une telle image ait eu précisément pour but de rappeler aux fidèles que l’amour véritable, comme l’écrivait Montherlant, « n’est pas l’amour des visages ».

– Lors de l’exposition du musée du Louvre sur les Figures du fou du Moyen Age aux Romantiques, un bassin en laiton fût présenté avec le même décor ((Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Kunstgewerbemuseum, inv. 1928,39)